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     L'Art et les potaches.


     Il suffit de deux mots à monsieur Larousse pour définir le mot « potache » : collégien, lycéen. Il en faudra bien plus en ce qui concerne le premier mot de mon titre… L’Art !
     Tout ça pour dire que je me suis trouvé, l’autre jour, dans la peau d’un potache face aux nombreux tableaux du peintre David Hockney, exposés au BOZAR, œuvres diverses, fruits d’une imagination parfois délirante, qui attirent pas mal de monde. Et je dois avouer mon embarras à ne pouvoir répondre à la question basique qui se vrillait du côté de mon occiput : Est-ce vraiment de l’art ?
Je retourne alors à mon dictionnaire (Il m’agace ce Larousse qui prétend tout savoir !) et je trouve, entre autres, une formule de départ « Expression désintéressée et idéale du Beau ». (Vous voilà aussi embarrassé-e que moi.) C’est donc le désarroi qui m’a poussé à exhumer les propos tenus par Michel Onfray lors d’une interview dans LE SOIR [1] : « Il n’y a plus de lieu où l’on enseigne l’art ». Plume brillante (pas toujours au service du meilleur…), le philosophe regrette que l’on n’initie pas le public au langage de l’art contemporain. Et de dénoncer in petto : l’incompétence qui se cache sous cet autre dogme, le dogme du : « Ça me plaît ou ça ne me plaît pas, pas besoin de culture pour ça ».  
     Je me suis senti visé. Passe encore l’idée que la notion de « beau » soit très subjective, quoique… Mais que l’on me dénie la liberté d’aimer ou non telle ou telle toile, voilà qui me surprend. Sans doute est-ce parce que je me suis peu à peu mis dans la tête que les arts sont des langages et qu’un langage sert avant tout à entrer dans un dialogue au cours duquel on n’est pas obligé d’opiner sur chaque propos, sur chaque idée. Soit.
     D’autre part, il faut bien reconnaître qu’on a bien de la peine à s’y retrouver entre les milliers de chemins que suivent les artistes contemporains. Il y a de quoi y perdre son latin et surtout le sens du beau dont parle Larousse. J’y retourne : « ce qui fait éprouver un sentiment d’admiration et de plaisir » … Et nous voilà revenus à la dimension subjective de la beauté et donc de certaines formes d’art car, remarque Onfray, la beauté est une notion de philosophe sûrement pas une notion d’artiste ; c’est surtout une question de sens, un message à déchiffrer.
     Assurément, Hockney s’est posé des milliers de questions, pour n’avoir peut-être, in fine, qu’une seule réponse à retenir entre cent : « Remember, they can’t cancel spring [2] ». C’est vrai et c’est tant mieux.

J.G. Boulard
 
 

[1] Journal LE SOIR du 8 novembre 2021.
[2] « Souviens-toi, on ne peut annuler le printemps. »

Billet d'humeur du 5 décembre 2021 par Jules-Gilles Boulard

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Billet d'humeur du 5 novembre2021 par Jules-Gilles Boulard

 

     Haro sur le nu…

 

     Alors que la « toile » déborde de sollicitations pornographiques, voici que « Fesses de bouc » censure un cliché de la Vénus de Willendorf, vieille de 30.000 ans, la peinture « Les Amoureux » de Koloman Mozer et même un plat d’oignons publié par une entreprise de semences canadiennes… pour, dit-on, « connotations sexuelles » … Eh ! Oui !

Ce qui pourrait n’être qu’un exemple supplémentaire de la pudibonderie hypocrite d’Outre-Atlantique qui floute les révolvers, coupe les jurons et oblige à cacher sa bouteille de bière dans un sachet, me donne, finalement – positivons ! – l’occasion de philosopher un peu sur le nu.

     Celles et ceux qui ont eu l’heur de fréquenter les Beaux-Arts ou un atelier de peinture se souviennent certainement de ces multiples séances de dessin face à un modèle féminin ou masculin, dans le plus simple appareil, avec l’obligation de changer d’angle de vue et « croquer » toutes les faces en passant nécessairement devant le poêle chauffé au rouge pour éviter que le modèle ne s’enrhume !

     Je me souviens, potache, avoir gribouillé des dizaines de feuilles Canson avec la silhouette d’une mignonne petite réfugiée hongroise de 1956 qui se faisait ainsi un modeste viatique de poche. Elle était jolie « à croquer », mais, comme nous le répétait notre cher mécène De Rassenfosse : le corps humain est une des plus fabuleuses réussites de la nature (il était ingénieur et non pas médicastre).

     Pas question donc de se rincer l’œil, au contraire, il fallait que le trait exprime le plus fidèlement possible toute la sublime machinerie des articulations, des muscles et des volumes et que, par la suite, la palette des couleurs rende la beauté de l’incarnat en ombres et lumières.

     J’ai toujours retenu cette leçon d’atelier de rapin en me souvenant que, dès l’antiquité, la nudité a fait l’objet d’un culte voué à la Beauté. Si le moyen-âge s’en est offusqué, la Renaissance en a repris l’expression (en y ajoutant parfois un voile ou une feuille de vigne… Oh ! Les ivrognes !).

     On peut se poser la question : pourquoi cet attrait ? Peut-être pour une relation au divin ? Les antiques voyaient leurs dieux à l’image des humains les plus beaux et, d’autre part, la Bible dit que « Dieu fit l’homme à son image »… Pourquoi pas ? Moi, je me dis que la Nature fait bien les choses et quand je regarde la gracilité douce et harmonieuse d’une nuque, je pense au calice d’une orchidée.

     Pour le reste, le scandale est dans la tête de certains, et vouloir interdire la représentation de la nudité c’est non seulement remonter au pire moyen-âge mais, plus gravement encore, gommer l’éducation à la beauté. Hélas !

J. G. Boulard